mar 10 juin 2014

Saint-Denis / La Courneuve : mêmes ennemis, mêmes perspectives

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Nous relayons un texte d'analyse écrit par le collectif qui occupe le centre social auto-organisé l'Attiéké, à Saint-Denis, auquel les militant-e-s de la CGA en région parisienne participent.

Pour rappel, au passage, les activités du moment sur les questions de logement à Saint-Denis :

   - manifestation pour le logement et la régularisation des habitant-e-s du 67 rue de Strasbourg, samedi 14 à 13h30 à la gare RER de Saint-Denis

   - rassemblement de soutien lors du procès de l'Attiéké, le lundi 16 à 9h au TI de St-Denis

   - soirée de soutien à l'Attiéké, le samedi

 

Avec le Grand Paris, ce sont quelques promoteurs immobiliers et propriétaires qui s’enrichissent sur le dos des plus pauvres en les chassant des villes de proche banlieue parisienne.
Luttant contre les mêmes ennemis, nous, le centre social auto-organisé l’Attiéké, sommes solidaires du collectif à l’origine de l’ouverture du bâtiment au 13 rue des Francs-Tireurs à La Courneuve.

La semaine dernière, le squat ouvert récemment rue des Francs-Tireurs à La Courneuve (93) était attaqué par un promoteur immobilier et ses hommes de mains.
Ce promoteur, Histoire et Patrimoine, présent dans plusieurs villes de Seine Saint-Denis, s’enrichit en accélérant la rénovation urbaine dans le département.

 

Histoire et Patrimoine, de La Courneuve…

 

La société Histoire et Patrimoine est spécialisée dans la construction et la rénovation d’immeubles, destinés à être ensuite revendus appartement par appartement. Sa particularité est qu’elle se concentre sur les bâtiments pour lesquels l’Etat propose de défiscaliser les investisseurs.
Leur site internet annonce clairement :

« L’offre du Groupe Histoire & Patrimoine s’adresse à des particuliers investisseurs souhaitant réduire leurs impôts ».

C’est une forme particulière de spéculation immobilière qui consiste, en particulier en banlieue parisienne, à repérer les bâtiments insalubres classés au patrimoine et les racheter à bas prix aux mairies qui en sont souvent les propriétaires.
Il s’agit ensuite de trouver des riches investisseurs pour lesquels Histoire et Patrimoine s’occupe de tout, employant différentes entreprises de sous-traitance : les sociétés de vigiles chargées de vider illégalement les immeubles squattés, les entreprises du bâtiment et leurs ouvriers intérimaires, et l’agence immobilière d’Histoire et Patrimoine pour trouver les futur-e-s locataires et encaisser les loyers….
Un investissement optimisé sans frais et sans souci pour les riches.

 

…à Saint-Denis

 

L’histoire de l’immeuble situé au 59-61 rue Charles Michels à Saint-Denis illustre le rôle d’Histoire et Patrimoine dans la rénovation urbaine de nos quartiers.
Ancienne cité ouvrière, ce bâtiment appartenait dans les années 2000 à la mairie, qui l’a laissé se dégrader jusqu’à être totalement insalubre. En 2006, les habitant-e-s de l’immeuble alors squatté avaient obtenu par la lutte l’engagement de la mairie de rénover le bâtiment, dans le but de construire des logements sociaux, dont ils et elles devaient être les premier-e-s bénéficiair-e-s. Le projet avait été adopté au conseil municipal, à l’unanimité moins deux voix. Le 26 avril 2008, alors que les travaux n’ont pas encore commencé, une cage d’escalier prend feu, un habitant meurt. Les 105 habitant-e-s de la cage d’escalier sont relogé-e-s, et cette partie de l’immeuble est condamnée. La mairie, qui n’a pas tenu ses engagements de 2006, est contrainte par une nouvelle mobilisation de signer un protocole pour le relogement des habitant-e-s.

Pendant l’été 2012, alors qu’il reste une demi-douzaine de familles dans le bâtiment, la mairie demande l’expulsion par la préfecture. Puis elle revend le tout à Histoire et Patrimoine. Aujourd’hui, l’ancienne cité ouvrière est en train de devenir un ensemble d’appartements de standing, destinés à être loués avec des loyers élevés par des propriétaires qui n’ont peut être jamais mis les pieds à Saint-Denis.

Histoire et Patrimoine aura tiré profit de sa position d’intermédiaire entre la mairie de Saint-Denis, les riches qui souhaitent payer moins d’impôts, et l’Etat qui leur finance la rénovation de leur appartement. Ce type d’entreprise fait donc figure de catalyseur de l’épuration sociale des quartiers. Et le business marche très bien : le chiffre d’affaires est de plus de huit millions d’euros, pour un bénéfice d’un million d’euros en 2010.

À Saint-Denis comme à La Courneuve, la solidarité est nécessaire, car les mêmes logiques et les mêmes acteurs sont à l’œuvre. Les spéculateurs et les pouvoirs publics agissent main dans la main pour chasser les classes populaires de la ville. Organisons-nous ! Entre Saint-Denis et la Courneuve, la solidarité c’est aussi des pratiques et des perspectives à partager.

 

Auto organisation dans les luttes ! Nos collectifs n’ont pas de chefs !

 

Le Centre Social Attiéké, comme les collectifs qui occupent le 13 rue de Francs-Tireurs à La Courneuve défendent l’auto-organisation.
Personne ne décide à notre place.
Nous ne cherchons pas à gagner les élections.
Dans la lutte, on cherche à construire des rapports d’égalité entre nous.
Chacun-e à son mot à dire, on décide et on agit ensemble.

Personne ne décide à notre place (...)Chacun-e à son mot à dire, on décide et on agit ensemble.

Occupation / Réquisition de tous les bâtiments vides à Saint Denis, La Courneuve, partout !

 

Au Centre Social Attiéké on veut la réquisition des bâtiments vides, en commençant par le 31 boulevard Marcel Sembat.
L’Etat comme les mairies locales peuvent réquisitionner des bâtiments pour y loger les gens. Exproprier ces proprios permet de mettre un frein à la spéculation et à l’épuration sociale.
À l’Attiéké, on agit par nos propres moyens. On défend l’action directe. Occuper les bâtiments vides c’est prendre nous-mêmes ce que personne ne nous donnera. Demander leur réquisition permet cependant de désigner des responsabilités de l’Etat et des mairies dans la crise du logement.

 

Solidarités entre les luttes pour des logements et des papiers en Seine Saint-Denis !

 

De La Courneuve à Saint-Denis, on a plein de choses à faire ensemble. Le centre social auto organisé l’Attiéké fait partie du quartier et de la ville de Saint Denis. Mais c’est aussi un point de départ pour nouer des liens de solidarité avec d’autres luttes.
L’Attiéké est solidaire de l’occupation de La Courneuve aujourd’hui, mais aussi du collectif du Foyer Cara à Saint-Ouen, du collectif des Baras à Montreuil, du collectif du 67 rue de Strasbourg à Saint Denis, et avec tous les collectifs en lutte pour des logements et des papiers.
Et la solidarité est essentielle entre squatteur-euses et locataires.
Les problèmes de logement aujourd’hui c’est les loyers trop chers, l’insalubrité, les menaces d’expulsion, la précarité des bidonvilles, l’errance à la rue, la rénovation urbaine qui chasse les plus précaires des quartiers.
Ça concerne toutes les classes populaires.
Le racisme d’Etat et l’absence de droits institutionnalisée rend la situation encore plus critique pour les personnes sans papiers. Il est temps de construire des alliances radicales contre les proprios spéculateurs, l’Etat et la Préfecture, les grosses boîtes du BTP et les politiques publiques de rénovation urbaine.
On a besoin de solidarités concrètes contre les expulsions, de défendre l’action directe et l’auto-organisation, de créer des rapports de force au niveau départemental, de multiplier les luttes, d’arracher des victoires.

 

Le centre social auto-organisé l’Attiéké