mar 13 janvier 2015

Charlie Hebdo et prise d’otage : Halte au fascisme nationaliste et religieux !

Voici le communiqué du groupe de région parisienne de la CGA suite à la première semaine de cette année 2015 et les évènements qui l’ont marquée. Nous avons fait le choix de ne pas communiquer trop à chaud, pour sortir de l’émotion et être en mesure d’analyser un peu mieux les retombées politiques et sociales nombreuses et complexes.

 

*Assassinats politiques à Charlie Hebdo et prise d’otage :*
*Halte à la dérive et au confusionnisme !*
*Halte au fascisme nationaliste ou religieux !*


Mercredi 7 janvier 2015, 12 personnes ont été assassinées dans et à proximité des locaux du journal satirique de Charlie Hebdo par deux frères se réclamant de l’islamisme radical. Parmi elles, 9 personnes travaillant ou collaborant pour le journal et un agent d’entretien qui n’aura sans doute jamais l’hommage qu’il mérite. Le vendredi 10 janvier, les assaillants de Charlie Hebdo en fuite se réfugiaient dans une petite imprimerie à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne. Peu de temps après, un de leurs acolytes prenait en otage les client-e-s d’une épicerie Casher à Porte de Vincennes (après avoir tué une policière stagiaire), tuant dans le même temps quatre client-e-s parce qu’ils étaient juives/juifs.
La Coordination des Groupes Anarchistes déplore ces attentats et condamne fortement l’idéologie réactionnaire ainsi que l’antisémitisme qui en sont à l'origine. Nous condamnons également les attaques fascistes ciblant des lieux de cultes musulmans ainsi que des personnes musulmanes ou désignées comme telles. (voir l’article sur Paris Luttes Infos). Nous dénonçons donc par avance toute tentative de récupération des attentats à des fins islamophobes, racistes, antisémites, nationalistes et sécuritaires.

Ces attentats s’inscrivent dans la montée générale du fascisme, qu’il s’avance derrière le mot d’ordre de la « défense de la nation » ou derrière l’idéologie religieuse, quelle que soit sa déclinaison. Que ce soit le fascisme religieux qui instrumentalise la religion, ou le fascisme nationaliste qui se pose en « protecteur de l’Occident chrétien », tous convergent vers un même soi-disant « choc des civilisations » qui entretient l’idée d’une guerre de « tou-te-s contre tou-te-s » et veulent nous pousser à choisir entre l’un ou l’autre. En tant qu’anarchiste, nous refusons cette logique mortifère et choisissons l’affrontement de classe, la lutte contre le système capitaliste, impérialiste, raciste et patriarcal.
Par ailleurs nous n’oublions pas le rôle qu’a tenu Charlie Hebdo dans la diffusion des discours racistes, sexistes et islamophobes ces quinze dernières années. Mais rien ne justifie de tels crimes et nous sommes solidaires des familles et proches des victimes, ici et ailleurs. Notre solidarité ne s’arrête pas aux frontières de la France. Pour rappel et pour contrer le confusionnisme ambiant, les premières victimes en nombre incalculable du fascisme islamiste sont des musulman-e-s ou des personnes assignées à la religion musulmane(1).

De même, nous ne participons et ne participerons pas à la mascarade républicaine d’unité nationale menée par le gouvernement, qui tente d’unir derrière lui l’ensemble des partis politiques bourgeois, du FN jusqu’au Front de Gauche, ce qui participe au confusionnisme ambiant et à la banalisation de l’extrême-droite. La grande parade républicaine du 11 janvier en était le parfait exemple puisqu’on pouvait y trouver des représentants de l’ensemble des partis politiques français. On pouvait aussi y trouver un panel important de représentant-e-s d’États impérialistes, de dictatures et de criminels de guerre comme Angela Merkel, David Cameron, Serguei Lavrov, Erdogan, Netanyahou ou encore Ali Bongo.
« L’unité nationale », c’est donner encore plus d’armes à nos ennemis. C’est permettre au nationalisme et au fascisme de se propager et leur donner raison. L’unité nationale se fait automatiquement dans l’exclusion des minorités opprimées (immigré-e-s, roms, sans-papiers, LGBT…).

Nous n’oublions pas non plus, le climat raciste et islamophobe qui sévit dans ce pays et en Europe depuis plus de vingt ans avec son corollaire de lois répressives envers les immigré-e-s, les musulman-e-s et les minorités nationales. Les politiques menées par le PS et l’UMP ces dernières années, notamment les expulsions, les arrestations, les rafles de sans-papiers ont forgé depuis de trop nombreuses années les bases d’un racisme « décomplexé » et ont largement contribué à l’augmentation des actes de violence à l’encontre des musulman-e-s et des personnes désignées comme telles. Depuis les assassinats politiques de mercredi, les attaques islamophobes se sont multipliées, allant de l’agression physique à l’attentat à l’arme de guerre sur des lieux de cultes ou des commerces musulmans dans une indifférence quasi-totale des médias. Ces crimes sont l’œuvre de militants d’extrême-droite. Mais la chasse par les gendarmes et policiers menée contre les femmes voilées, notamment dans des lieux touristiques tel que la tour Eiffel et le contexte plus général de la stigmatisation par l’État et les médias des minorités musulmanes et rroms ont largement leur part de responsabilité dans ces attaques. L’assassinat par la police de Bertrand « Bilal » Nzohabonayo à Joué-lès-Tours, et les faux « attentats islamistes » des chauffards ivres début décembre ne sont que les derniers et parfaits exemples de cette stigmatisation xénophobe.

Nous condamnons l'antisémitisme qui entraine la prise d’otage de la porte de Vincennes : la minorité nationale juive est rendue responsable de l’oppression des autres minorités, dans un contexte de multiplication des actes antisémites. Si nous dénonçons cette attaque antisémite, nous ne sommes pas dupes de l’instrumentalisation de l’État qui cherche systématiquement à désigner les musulman-e-s et les personnes désignées comme telles, comme intrinsèquement antisémites et hostiles aux juifs et aux juives. Un tel discours permet d’activer des dynamiques racistes et islamophobes alors que l’antisémitisme est en réalité un vieux produit du nationalisme français (voir le communiqué fédéral de la CGA sur le sujet)

Nous ne sommes pas dupes et savons que l’État et la bourgeoisie vont profiter de ces attentats pour intensifier la guerre de classe : après avoir déjà voté des lois liberticides, dites antiterroristes, les politiciens s’apprêtent à renforcer l’appareil sécuritaire étatique et continuent de s’en prendre aux minorités nationales. La violence d’État va se renforcer et tout sera fait pour faire perdre du terrain au mouvement social et aux luttes des minorités opprimées jusqu’à la suppression d’individus, comme dans le cas de Zyed et Bouna, Lamine Dieng, Wissam El Yamni ou encore Rémi Fraisse.
En tant qu’anarchistes, nous sommes décidé-e-s à combattre le fascisme et le racisme par tous les moyens nécessaires y compris en prenant en charge notre propre autodéfense. Nous devons défendre et mettre en œuvre l’alliance entre toutes les minorités opprimées, qu’elles soient religieuses, nationales ou sexuelles, de manière autonome et sans hiérarchie. Nous avons besoin de nous unir autour de nos intérêts communs, sur des bases de classe, pour développer des luttes populaires capables de faire plier nos ennemis communs : États et bourgeoisies, quelles que soient les étiquettes dont ils se parent (« républicain », « islamiste », « modéré », « démocratique »…).

Le groupe de région parisienne de la Coordination des Groupes Anarchistes

region-parisienne@c-g-a.org http://www.cga-rp.org

 

(1) Les dernières en date, contemporaines des actes de terreur commis en France ces derniers jours, sont les plus de 2000 personnes tuées par Boko Haram au Nigéria, lors de l’attaque la plus meutrière du groupe jusqu’à présent.