mar 7 avril 2015

Edito

CGA

Une nouvelle année commence. Mais cette année, les bonnes résolutions qu'on s'adresse à nous-mêmes et les meilleurs voeux qu'on adresse aux autres ont très vite pris un drôle de tournant. Ca sentait déjà le vieux Zemmour rance dans la façon dont les médias accueillaient le nouveau livre de Houellebecq. Ce qui s'est passé le 7 et 9 janvier, à Charlie Hebdo et dans la supérette casher, n'a fait que renforcer la tendance.


Elle a entériné un unanimisme social et politique sur l'existence d'un problème musulman, la nécessité de renforcer l'arsenal sécuritaire et de combattre le terrorisme au nom de la liberté. Bon nombre d'opprimé·e·s ont défilé derrière (à leur place donc) des criminels de guerres, des chefs d'État impérialistes et de dictatures. Ces gouvernants se sont refait une vitrine alors qu'ils sont les premièr·e·s à réprimer toute contestation de l'ordre social sous divers prétextes fallacieux. Pour ne citer que les exemples les plus récents, le procès des deux Saïd (Bouamama et Saïdou de ZEP pour leur livre "Nique la france !") à Paris, les coups de fouets à Raïf Badawi en Arabie Saoudite ou encore l'opération "antiterroriste" Pandora en Espagne sont autant de manifestations du peu de scrupules qu'ont les États et les bourgeoisies à piétiner la liberté d'expression dès qu'elle les ennuie.


Leur union (inter)nationale n'est donc clairement pas la nôtre. Elle est celle des gouvernants, des patrons, des "tyrans qui sont cause des guerres [et qui] n'en meurent jamais"... Nous ne nions pas qu'elle a pu être relayée par des mouvements populaires spontanés mais nous sommes convaincu·e·s qu'elle n'a pas d'autre fin que l'accélération de l'aggravation de nos conditions de vie, la généralisation de la précarité et la mise sous scellé sécurisé de toutes les formes de résistances existantes. Elle viendra justifier le recours à de nouvelles lois sécuritaires qui ne sécurisent que l'État, à une prétendue flexisécurité qui n'est sécure que pour les patrons et à un fascisme qui se banalise jour après jour.


Jusque dans nos milieux, libertaires et/ou militants, des individus ou des groupes se permettent maintenant de cracher à la gueule des opprimé·e·s sous prétexte de liberté et d'impertinence. Les lignes de fracture se font et se défont au gré des évènements, comme si nous n'avions pas de principes communs, de base politique qui nous unissaient auparavant. Le temps est à la confusion et cela profite indéniablement aux idées les plus réactionnaires, notamment à toutes les formes de racisme et de repli sur soi.


En Grèce, le peuple mènera vraisemblablement le parti de gauche non-libérale (ça se fait rare) Syriza au pouvoir. Mais soyons clair·e·s : ce ne sont pas les urnes qui changeront quelque chose à notre situation, ni là-bas, ni ici ni nulle part ailleurs. Si nous sommes attentives et attentifs aux élans populaires, ce n'est pas parce qu'ils sont susceptibles de changer la tête ou la couleur des drapeaux des dirigeants mais bien parce que nos luttes portent en elles les germes d'une autre société. C'est celle-ci que nous essayons de penser et de diffuser, que ce soit dans les expériences des ZADs, dans les luttes contre la rénovation urbaine et la chasse aux pauvres qu'elle institue, dans la défense du droit à la digne existence de tou·te·s, quelque soient nos couleurs de peau, nos croyances, nos cultures, nos sexes, nos désirs, nos âges, nos pratiques... Et pour se faire, il nous faut nous organiser : nous organiser pour réfléchir ensemble, nous organiser pour résister, nous organiser pour gagner !