dim 1 mai 2016

Loi Travail : Europe is watching us !

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À l'heure où nous écrivons ces lignes, cela fait déjà plus d'un mois que la bataille est engagée contre l'État français, avec à sa tête les pires (prétendus) socialistes que l'on ait connus jusque là. Sans prétendre que Mitterrand, Jospin et consorts faisaient beaucoup mieux, on atteint quand même des sommets avec la clique Hollande-Valls. Mais il ne faut pas nous voiler la face pour autant. Ce n'est pas un problème de personnes, ni même de parti au pouvoir. La logique libérale qui est mise en œuvre dans la loi "Travaille !", et toutes ces petites sœurs qui sont passées avant, sans que l'on arrive à créer un vrai mouvement d'opposition (ANI, loi Macron...), n'est pas une exception en Europe. C'est la même qui s'applique partout depuis des années, notamment dans les pays d'Europe du Sud qui sont sous la coupe de la Troïka (Grèce, Espagne, Portugal) ou sous sa menace (Italie), mais pas seulement. Des lois similaires, censées réformer la législation du travail, ont été votées et appliquées dans tous les pays de l'Union Européenne ces 15 dernières années, avec une nette accélération depuis le début de la crise économique et sociale en 2008. On peut ajouter aux comptes les innombrables mesures d'austérité, qui vont bien au-delà du monde du travail et touchent tous les aspects de la vie en société : santé, éducation (coupes dans les budgets), consommation, fiscalité (TVA relevée, imposition des ménages pauvres)...

 

Partout en Europe, une même logique
Il serait trop fastidieux et très difficile de prétendre faire ici un tour d'horizon exhaustif des mesures d'austérité ou même plus modestement des réformes de la législation du travail dans tous les pays d'Europe. On retrouve cependant un certain nombre d'éléments communs qu'il convient de souligner. Dans la plupart des réformes récentes des différents codes du travail, un travail de sape est mené en priorité sur la protection des travailleuses et des travailleurs contre les licenciements.
1° Ainsi, la durée minimale des préavis de licenciement est régulièrement revue à la baisse dans la plupart des pays d'Europe (Grèce, Slovaquie, Slovénie, Roumanie, Espagne, Belgique). La durée de ce préavis varie en fonction de l'ancienneté dans l'entreprise : plus la ou le salarié-e y travaille depuis longtemps, plus elle ou il doit être prévenu-e à l'avance. Mais les réformes font que certain∙e∙s salarié∙e∙s en Europe ne sont prévenu∙e∙s que 15 jours avant leur licenciement effectif ! Sans parler de celles et ceux en période d'essai qui n'ont presque aucun droit. En Espagne, les petites entreprises (moins de 50 salarié∙e∙s) peuvent ainsi embaucher avec des périodes d'essai qui peuvent courir pendant 1 an, ce qui se retrouve de fait en contradiction avec l'article 30 de la Charte des Droits Fondamentaux puisque cela exclut une partie des travailleuses et des travailleurs de la protection sociale pour une longue période de temps. C'est exactement le même esprit que celui qui guidait le gouvernement De Villepin en 2006 avec les Contrats Nouvelle Embauche et les Contrats Première Embauche (CNE/CPE).
2° Les réformes travaillent aussi à rendre plus faciles les licenciements individuels. Par exemple, dans certains pays, il était auparavant nécessaire d'obtenir l'accord des autorités locales et/ou de l'inspection du travail pour licencier quelqu'un-e. Il s'agissait surtout d'une simple formalité mais c'était encore trop ! Les États travaillent à faire disparaître ce genre de contraintes, qui protégeaient un peu les salarié∙e∙s. De même, les protections des salarié∙e∙s ayant des responsabilités syndicales sont régulièrement attaquées.
3° Encore, les minima d'indemnisation en cas de licenciements ont été drastiquement revus à la baisse dans plusieurs pays, notamment au Portugal, en Slovénie, en Italie, en Estonie ou encore au Pays-Bas. Ces indemnités minimales sont aussi dépendantes de l'ancienneté dans l'entreprise : ainsi, un-e salarié-e qui est depuis moins de deux ans (de plus en plus le cas avec le développement de la précarité) dans un entreprise slovaque peut être licencié-e sans recevoir aucune indemnité.
4° De la même manière, les compensations prévues par la loi en cas de licenciement injustifié (après jugement aux prud'hommes donc) sont réduites à peau de chagrin. Ainsi, en Estonie, les compensations en cas de licenciement injustifié ont été diminuées de moitié par la réforme de 2009.
5° De manière générale, c'est plus radicalement les possibilités de recours, individuel ou collectif, devant les licenciements qui sont attaquées. Par exemple, un contrat en Grande-Bretagne peut forcer un-e salarié-e à renoncer à ses droits de recours en échange d'un accès au capital (participation) dans l'entreprise. De plus, certains pays (comme la France avec la loi Macron) introduisent des frais pour engager une action en justice. Au Royaume-Uni toujours, il faut désormais payer entre 180 et 300 euros pour démarrer une action aux prud'hommes, puis 1200 en cas d'appel et même davantage si la somme réclamée excède 36000 euros... Autant dire que cela assure aux patrons la possibilité d'exploiter sans pitié les plus précaires d'entre nous, et notamment les femmes et les immigré∙e∙s, pour qui la somme à engager sans garantie de résultats sera un argument prohibitif. C'est une exclusion de fait d'une partie de la population du système judiciaire.
Dans tous les pays qui étaient déjà touchés par le chômage de masse avant 2008 et qui se sont vus appliquer, en plus des restrictions budgétaires censées assainir les finances, des mesures visant à «_flexibiliser_» le tout puissant marché du travail, le constat est sans appel_: déstructuration du corps social, montée des fascistes, répression policière toujours plus violente des mouvements sociaux, désaveux complet des gouvernements qui abdiquent et capitulent tous les uns après les autres face aux institutions européennes et internationales, sans oublier une économie toujours moribonde qui, huit ans après la plus grande crise financière de l'histoire moderne, peine encore à se remettre sur les rails.
Des résistances nécessaires...
Face à cela, les peuples d'Europe ne sont bien évidemment pas restés sans rien faire. De nombreuses bagarres ont été menées et continuent encore d'être menées contre l'austérité, les réformes qui aggravent les conditions de vie et de travail de la majorité de la population et contre les licenciements. La Grèce a été le fer de lance de la résistance à l'austérité, depuis l'insurrection de décembre 2008 qui a permis de montrer au monde entier la détermination de la «_génération 600 euros_» (chiffre qui a encore été revu à la baisse depuis...) jusqu'au mouvement des places (Syntagma à Athènes, par exemple), sans oublier bien sûr les dizaines de grève générale de la période 2009-2010, aux fortes colorations insurrectionnelles sur la fin. De la même manière, le Portugal et l'Espagne ont vu défiler des centaines de milliers de personnes jusqu'aux portes des bâtiments du pouvoir pour protester contre l'austérité. Pendant des mois, les principales places de toutes les villes d'Espagne ont été occupées par le mouvement du 15-M et ses assemblées populaires.
...mais insuffisantes jusque là
Seulement, l'espoir soulevé par l'embrasement de ces pays (et d'autres, dans une moindre mesure) n'a pour l'instant pas porté ses fruits. Aucun réel coup d'arrêt n'a été porté aux politiques d'austérité menées de concert dans toute l'Europe et depuis 2012, l'Union Européenne n'avait plus vraiment connu de gros mouvement social capable de faire trembler le pouvoir, malgré de beaux exemples de résistances comme par exemple les luttes pour le logement de toutes et tous en Espagne (PAH, Can Vies...) ou le dernier mouvement social en Belgique. La raison principale est d'abord à aller chercher dans le manque criant de coordination des secteurs combatifs des différentes sociétés au niveau européen. Quelques initiatives intéressantes, telles que le mouvement Blockupy à Francfort, la journée de lutte contre le racisme du 23 mars ou encore la dernière journée de manifestations et d'actions contre les frontières (janvier 2016), témoignent des efforts de quelques minorités agissantes issues des milieux révolutionnaires. Mais force est de constater que les structures traditionnelles sont très frileuses de ce point de vue (la Coordination Européenne Syndicale est très lente, très molle et ces antennes nationales ne relaient que trop faiblement les dates de mobilisation commune).
Attention aux faux amis des luttes et à leurs fausses bonnes idées_!
C'est que souvent les dirigeant∙e∙s de ces structures roulent aussi pour d'autres intérêts, les leurs bien sûr mais aussi ceux des partis politiques qui prétendent «_offrir un débouché politique aux luttes sociales_»... Pourtant, on se passerait bien de ce genre de cadeaux_!
Les exemples grec et espagnol sont de ce point de vue très instructifs, malheureusement. Les deux partis qui sont les chouchous des presses européennes, Podemos et Syriza, ont su surfer sur la vague des occupations de l'espace public (15M en Espagne, mouvements des places en Grèce) pour canaliser la révolte dans des dynamiques politiciennes, dont on ne peut aujourd'hui que mesurer les dégâts. La Grèce s'est retrouvée atone entre 2012 et fin 2015, de larges pans combatifs de la société misant tous leurs espoirs sur l'accession de Syriza au pouvoir. En Espagne, les puissants espaces d'auto-organisation du 15M et de ses suites (assemblées de quartier, dynamiques des centres sociaux, mouvements pour le logement, organisation des exilé∙e∙s...) se sont retrouvés complètement vidés de leur essence par le processus de construction de Podemos. Et force est de constater que suite aux grèves massives qui ont pu émaner durant le mouvement du 15 M en Espagne il ne reste rien, si ce n'est l'attente d'un improbable messie électoral. Podemos se sera fait fossoyeur du mouvement social, comme les sociaux-démocrates ont si souvent l'habitude de le faire.
Dans le seul pays où a fonctionné cette stratégie d'amener la lutte sociale sur le terrain du jeu politicien, les résultats sont explicites_: Syriza, pourtant élu sur un programme plein de belles promesses (annulation de la dette, augmentation des salaires et des minimas sociaux, reprise en main d'une partie de l'économie par l’État etc.) ne fait qu'accumuler les trahisons envers son électorat et envers les mouvements sociaux qu'il prétendait défendre. Seulement 8 mois après leur élection, Tsipras et sa clique n'auront pas hésité à trahir leurs promesses en acceptant le plan d'austérité, ni à réfuter les résultats de la «_consultation populaire_» tant vantée et enchantée jusque-là. Il est maintenant clair pour tout le monde que, pour les camarades grec-que-s qui avaient mis leurs espoirs dans le gouvernement Syriza, la gueule de bois est violente et risque de durer encore un long moment.
Le cas du petit frère espagnol Podemos est encore plus effrayant. Après avoir réussi lui aussi à capter l'énergie des mouvements sociaux en son sein, Podemos s'est entre-déchiré dans des embrouilles politiciennes entre sa gauche à prétention révolutionnaire (Anticapitalistas) et sa direction, principalement composée de jeunes profs de facs sociaux-démocrates. Après avoir recentré le parti autour de lui, de sa personne et de sa figure, le leader charismatique (et un peu mégalo !) Iglesias a réussi à faire avaler à la plupart de ses supporters le soutien sans faille apporté à la politique d'austérité qu'a fini par relayer le gouvernement grec. Pour nous, qu'elle soit de gauche ou de droite, l'austérité restera toujours à combattre_!
Leur succès tient en quelques recettes. En premier lieu, il faut reconnaître à ces partis la capacité à avoir séduit l'électorat, en renouvelant les codes de la vieille politique, en utilisant intelligemment les nouvelles ressources numériques et en rajeunissant considérablement les têtes mises en avant. Mais au-delà des efforts de stratégies de communication, c'est aussi et surtout le fond du discours de ces partis anti-libéraux sur lequel il faut nous pencher_: selon eux, les seuls responsables de la crise, ce sont les banquiers, la finance, le système libéral mondialisé et des hommes et femmes politiques qui seraient à la botte d'une quelconque institution financière. Ils envisagent souvent des solutions protectionnistes, en s'appuyant sur un discours à la fois social et patriotique. Ils opposent un capitalisme financier mondial et sauvage à un capitalisme productif et régulé qui s’accommode mieux des frontières nationales. Ils promeuvent dans ce cadre avec une forte intervention de l’État-providence, un peu sur le modèle de ce qu'a pu connaître la France durant les Trente Glorieuses. Le reste est volontairement flou_: la question de la monnaie (nationale ou européenne ?), la question de la place dans les institutions européennes... De même, ils ne proposent jamais un véritable système alternatif, que ce soit sur le plan économique ou sur le plan politique, se contentant de discours virulents contre les financiers et de grandes déclarations sur la primauté de «_l'humain_» ou sur les processus «_participatifs_» qui accompagneront les «_nouvelles constitutions_».
Du fait de leur simplicité et de la participation des militantes et des militants de base de ces partis dans les mouvements sociaux, ces discours acquièrent vite une certaine audience. Ils influencent même largement certains mouvements, comme le mouvement Occupy dont le discours sur les «_1%_» qui s'opposeraient à notre classe sociale (les 99_% restants donc) ressemble à s'y méprendre aux discours de classe dilués que nous vend la gauche de la gauche. C'est aussi cette simplicité qui, si elle peut permettre d'agréger du monde autour d'idées progressistes, laisse une porte ouverte à tout un courant politique dangereux qui dresse des ponts idéologiques entre extrême-droite et mouvements sociaux. On appelle cette nébuleuse d'idées et de personnes le confusionnisme, puisqu'elle brouille les frontières étanches que les militantes et militants révolutionnaires ont dressé depuis des décennies face au poison raciste, complotiste, voire même fasciste, qui cherche souvent à trouver de la résonance dans nos mouvements. On a vu cette mouvance à l’œuvre lors des tentatives avortées des mouvements dits indignés en France, puis au cours des évènements Alternatiba de l'année passée et elle revient également dans les «_Nuits Debout_» qui ont lieu actuellement, comme on a pu le constater déjà à Lyon, Paris, Toulouse, Montpellier et d'autres villes. En général, les confusionnistes s'appuient sur des formules populistes (du style «_Ni droite ni gauche_») et sur la méconnaissance des réseaux politiques. Ils promeuvent des auteurs a priori innoffensifs (Chouard, Bricmont, Rabhi, Barron...) mais dont les liens avec les mouvements fascistes (Soral & Cie, jour de colère...) sont aisément mis à jour par un petit travail de recherche.
A nous de jouer_!
Ces constats sur l'évolution des mouvements sociaux en Grèce et en Espagne, ainsi que sur les tentatives d'infiltration confusionnistes, ne doivent pas pour autant nous mener à la résignation. Au contraire, le constat, le bilan est la première tâche des révolutionnaires pour pouvoir agir ensuite au mieux au sein des mouvements sociaux, pour diffuser nos pratiques de démocratie directe et d'action directe, et nos perspectives de rupture radicale avec le capitalisme et leur prétendue démocratie (dite représentative).
Nous pouvons déjà émettre un premier bilan concernant les mobilisations de Mars qui ont atteint un pic comme on en avait pas vu depuis le mouvement des retraites, premier jalon d'une lutte qui ne demande qu'à s'intensifier. Des manifestations combatives ont déjà eu lieu un peu partout en France pendant le mois de mars et le début du mois d'avril, avec des manifestations sauvages menées par les lycéen-ne-s et étudiant∙e∙s en majorité et qui auront permis de rompre un peu avec les monotones défilés syndicaux d'un jour. Le fait que la mobilisation, partie d'une initiative populaire, n'a fait que s'intensifier, malgré un manque flagrant d'implication de la part des bureaucraties syndicales, est un indicateur positif pour la suite de la lutte et pour les années qui viennent. Très vite, des tentatives de rencontre à la base ont été mises en place, que ce soit des appels de syndicalistes de plusieurs confédérations (comme l'appel «_On bloque tout_!_»), des volontés d'AG interpro ou encore les fameuses Nuits Debout. Ces occupations de place doivent être envisagées en premier lieu comme des alternatives aux structures classiques d'organisation du monde du travail, afin de dépasser les querelles de chapelle et les freins de la bureaucratie syndicale. Elles peuvent constituer une force autonome qui cherche à gagner la bataille contre le gouvernement tout en proposant une forme d'organisation plus libre et horizontale, devenant une force radicale de contestation et de proposition. Pour le moment nous n'en sommes pas encore là dans toutes les villes où cette initiative s'est installée. Pour cela, il est important que les militantes et militants révolutionnaires s'y investissent et y déploient leurs analyses rupturistes, notamment pour y contrecarrer les tendances citoyennistes (qui perçoivent ce mouvement comme une simple occasion de discuter ensemble sur la place publique, sans trop le relier à la contestation contre la loi travail) et les récupérations mercantilo-politiciennes, comme la stratégie marketing de François Ruffin et de son journal Fakir autour du film Merci Patron_! et surtout comme la récupération politique qui pointe le bout de son nez, au profit notamment de la candidature de l'ancien ministre Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017. Ces deux dynamiques (celle de Fakir et de Mélenchon) se rejoignent d'ailleurs sur la défense d'une ligne très social-patriotique («_La France insoumise_», slogan que n'auraient pas renier certains milieux nationalistes d'extrêmes droites...), proche de celle développée par Syriza en Grèce. À un an de l'élection présidentielle, la grande farce se remet en route, les rapaces se lancent dans la bataille. Nous n'avons rien à attendre des personnes qui nous gouvernent, ou qui veulent nous gouverner, surtout quand ces dernières prévoient déjà de trahir leur parole avant même d’accéder au pouvoir. Et il faudra une forte implication des révolutionnaires pour ne pas laisser toutes ces composantes parasites des mouvements sociaux transformer ce mouvement en une nouvelle perte de temps.
L'autre obstacle majeur auquel se retrouve confronté ce mouvement de contestation, c'est bien entendu la répression féroce que l'Etat et sa police lui opposent. Les blessé∙e∙s graves s'accumulent, les arrestations se comptent par centaines et plusieurs de nos ami∙e∙s et camarades dorment déjà sur les froids des taules françaises). Dès à présent, il s'agit donc de s'organiser pour y faire face, en développant les solidarités financières et matérielles avec les victimes de la répression et en se préparant pratiquement et politiquement pour nous protéger et réagir face à un tel dispositif. C'est le seul moyen de retourner leur violence contre eux-mêmes, de ne pas laisser s'infiltrer la peur dans nos rangs alors que l'heure doit être à l'extension du mouvement, à l'inclusion des populations les plus isolées (travailleuses et travailleurs en intérim, salarié∙e∙s des petites entreprises, chômeu-r-ses et précaires, sans-papiers)... Pour cela, il nous faut remettre au goût du jour les idées de caisse de grève et populariser cet outil indispensable, le financer par les expropriations de tout ordre (auto-réductions par exemple), soutenir les grèves et les velléités de grève partout où elles existent. Il nous faut inventer de nouvelles formes de lutte, de blocages économiques et de solidarité de classe, en s'inspirant par exemple des piquets de grève tournants utilisés en Espagne, où les manifestations font fermer dès le matin les petites entreprises pour assurer le droit effectif de faire grève pour toutes et tous. Car l'une des vérités que nous vivons actuellement, c'est qu'il est de plus en plus compliqué de se mettre en grève. Combien de personnes se retrouvent à devoir galérer après seulement trois jours de grève dans le même mois_? Combien d'intérimaires se retrouvent en impossibilité de louper une journée de boulot à cause des pressions exercées par leur boîte_? Il nous faut redévelopper au plus vite les outils d'une solidarité de classe effective pour faire vivre cet élan de révolte qui semble petit à petit se réveiller. En termes de temporalité, il faut participer à ce que le mois de Mai qui arrive soit de nouveau le mois de la grève générale_!
    Dans ce travail d'extension et de radicalisation de la lutte, il faut être conscient que nous nous retrouvons vite opposé∙e∙s aux bureaucrates des directions syndicales. Créer des liens entre militant∙e∙s de base de syndicats différents, faire des appels communs, des réunions communes, s'opposer en interne de nos structures, là où nous sommes syndiqué∙e∙s, aux prises de pouvoir et tentatives de diviser ou d'orienter le mouvement vers la conciliation, telles sont des clés qui nous permettront d'augmenter le rapport de force face au gouvernement. La critique stérile et extérieure ne sert à rien, sauf à admirer notre propre pureté dans le miroir de la défaite. Il est important de mettre les mains dans le cambouis et de se battre sur le terrain, pour convaincre de nouvelles personnes d'entrer dans la lutte et pour favoriser l'organisation des pans les plus combatifs de notre camp social.
    Là où l'on peut être rassuré par le mois de mars et les premières semaines d'avril, c'est qu'il existe encore en France une volonté réelle de combattre le gouvernement dans ses plans de destruction de nos conditions de vie, et que ces volontés existent partout en même temps. Au moment où ces lignes sont écrites, Mayotte en est à déjà plus de deux semaines de grève générale, et, bien qu'il soit un peu compliqué d'obtenir des informations plus précises sur ce qu'il se passe sur place (notamment dû à l'immense black-out dans les médias bourgeois), nous savons que l'économie locale est complètement paralysée. Il semblerait également que le mouvement commence à s'étendre dans les autres (néo-)colonies françaises (notamment Guadeloupe et Martinique). En Grèce, malgré l'élection du gouvernement Tsipras, des journées de grève générales ont éclaté à plusieurs reprises, journées généralement suivies d'affrontements violents avec la police, montrant qu'il n'est pas question de courber l'échine, même face à un gouvernement soi-disant social. En Tunisie, malgré le fait que le pays soit dirigé par des réactionnaires ultra libéraux, des mobilisations ont repris de plus belle, rappelant la période ayant précédé le départ de Ben Ali du pouvoir, et même l'Islande a vu des manifestations énormes se dérouler suite à l'affaire des Panamas Papers. A notre tour d'être capables de réagir collectivement et fortement pour construire encore ce mouvement social offensif qui doit absolument sortir gagnant_! Car, ayons un peu d'ambition, réussir à mettre un coup d'arrêt radical à un processus d'austérité pourrait bien aider nos camarades à l’échelle internationale à retrouver l'envie de bouffer du capitaliste_!

Groupes du Mans et de Toulouse, Relations internationales