dim 1 mai 2016

Migrant·e·s : la solidarité plus que jamais !

CGA
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Depuis des années, dans une quasi-indifférence, la mer Méditerranée est devenue un véritable cimetière. Des milliers de personnes  ont péri et périssent encore sur la route de l'exil en tentant de rejoindre l'Europe. Les réponses des États européens sur l'accueil de migrant·e·s  restent dominées par une approche sécuritaire et criminalisante. Les personnes qui parviennent à entrer en Europe et celles, les plus nombreuses, qui restent bloquées à ses portes, continuent de subir drames et humiliations.

 

En septembre 2015, la publication de la photo du petit Aylan, mort, échoué sur une plage de Turquie déclenche un mouvement de compassion, beaucoup à travers l'Europe clament leur solidarité envers les réfugié∙e∙s. Le slogan « Refugees_Welcome » fleurit sur les réseaux sociaux, des manifestations spontanées proclament la volonté d'accueillir ceux et celles qui fuient les guerres. Malgré les limites de ces mobilisations basées sur de l'émotionnel, l'arrêt dans l’escalade raciste fait du bien, on se prend à espérer une re-politisation sur la question des migrations_qui ne soit pas marquée du sceau de la xénophobie, pourtant cela sera de courte durée. Les tentatives de remettre à l'ordre du jour la question de l'ouverture des frontières et de la régularisation de toutes les personnes sans-papiers n'ont globalement pas réussi à faire la jonction avec ceux/celles qui avaient manifesté de la solidarité avec les réfugié∙e∙s.
À ce moment-là, quelques États européens adoptent un discours qui se veut un mélange «_d'humanisme et de fermeté_»_: l'annonce médiatique de l'accueil de 120 000 réfugié∙e∙s réparti∙e∙s au sein de l'UE leur a permis de marquer une distinction nette entre les «_bon·ne·s_» réfugié∙e∙s, ceux et celles qui fuient les guerres (enfin certaines) et les «_mauvais∙e∙s_» migrant∙e∙s dit∙e∙s économiques afin de légitimer le renfort de tout l'arsenal législatif et répressif qui rend de plus en plus compliqué l'arrivée sur le territoire européen et la possibilité d'accéder aux démarches administratives de régularisation (asile et séjour). Les procédures de refoulement et d'expulsion sont accélérées et facilitées. Les États européens s'entendent pour automatiser le tri et le fichage des migrant∙e∙s en installant des «_hot spots_» sur leurs frontières extérieures, et font pression sur les pays de transit ou d'origine pour qu'ils acceptent les renvois massifs d'expulsé∙e∙s et empêchent les migrant∙e∙s de parvenir jusqu'en Europe.
Jusqu'alors, le renforcement des contrôles aux frontières aux portes de l'Europe et en Méditerranée rendait l'accès au territoire européen de plus en difficile. Aujourd'hui, une nouvelle pierre est ajoutée à la forteresse : en effet, depuis près d’un an, des milliers de réfugié∙e∙s transitent par la Turquie pour arriver en Grèce,_après une traversée périlleuse de la mer Méditerranée, puis traversent la_Macédoine, la Serbie et la Hongrie en direction de l’Allemagne ou des_pays d'Europe du nord. La route des Balkans est désormais fermée_: début mars, la Slovénie suivie de la Serbie,  de la Croatie et de la Macédoine ferment leurs frontières (la Hongrie a fermé ses frontières depuis l’été dernier). L’Albanie et la Bulgarie annoncent également un renforcement de leurs frontières. Les migrant∙e∙s restent alors  bloqué∙e∙s en Grèce. En plus de cela, les accords récents passés entre les membres de l'UE et l'État turc sur la question migratoire permettent, depuis le 20 mars, l'expulsion massive de migrant∙e∙s  de la Grèce vers la Turquie.
A cette situation peu brillante, les attentats de Paris et Bruxelles ajoutent des conséquences néfastes pour les migrant∙e∙s. Même si la situation concrète pour la plupart des migrant∙e∙s restait compliquée, les réfugié∙e∙s de Syrie avaient gagné une certaine légitimité à venir en Europe suite aux événements de la fin d'été. Les réactionnaires profitent du fait que des terroristes semblent avoir pris la route d'exilé∙e∙s fuyant la guerre pour jeter la suspicion sur l'ensemble des réfugié∙e∙s. Alors que beaucoup d'entre elles et eux fuient  le régime d'Assad, les exactions de Daesh et/ou de divers groupes et plus généralement la guerre, les voilà pris∙e∙s dans des discours qui les amalgament à ceux qu'ils/elles fuient. On assiste à une surenchère  raciste envers les personnes musulmanes ou assignées à cette identité qu'elle soit réelle ou supposée.
Au vu de l'ampleur du mouvement de réfugié∙e∙s, des discours critiquant une illusoire fermeture des frontières avaient eu un peu plus d'échos, mais les attentats ont donné le prétexte à beaucoup de (re-) sortir le nécessaire durcissement de l'entrée dans l'espace Schengen et/ou la fermeture des frontières nationales. Ainsi, la France et la Belgique rétablissent les contrôles aux frontières nationales, mesures déjà adoptées par plusieurs pays membres de l'UE pour tenter de freiner l'arrivée de migrant∙e∙s. Enfin l'adoption de l'État d'urgence en France a facilité la criminalisation déjà présente avant les attentats, des luttes de migrant∙e∙s et de leurs soutiens (interdiction et répression des manifestations).
Partout en Europe et à ses portes, la réponse des États est essentiellement répressive. En Mer Égée, parallèlement à l’action policière de Frontex, l'UE a requis l’intervention de l’OTAN ; sous prétexte de lutte contre les passeurs, il s’agit, principalement, d’interdire l’accès des migrant∙e∙s aux îles grecques. Bloqué∙e∙s aux frontières, les migrant∙e∙s subissent violences policières et humiliations_: ils et elles sont repoussé∙e∙s, dégagé∙e∙s et leurs campements de fortune détruits, ne faisant qu'aggraver leur situation sanitaire et sociale. À Vintimille, c'est le camp No Border tenu par des migrant∙e∙s bloqué∙e∙s à la frontière italo-française et par leurs soutiens qui est violemment démantelé par la police italienne le 30 septembre. En Hongrie, l’État érige une barrière pour fermer ses frontières et jette en prison les migrant∙e∙s qui parviennent à la franchir. En Allemagne, à la relative ouverture de la frontière succède une accélération des expulsions des toujours plus nombreu-se-s débouté∙e∙s du droit d'asile. En France, pour déminer une situation explosive sur Calais et désengorger «_la jungle_», est organisé, dans un premier temps, au mépris de toute légalité le «_transfert_» de migrant∙e∙s dans plusieurs centres de rétention du territoire. Puis, dans un deuxième temps, le gouvernement a fait  évacuer la zone sud du camp de Calais et répartir de force une partie des migrant∙e∙s dans des conteneurs ou les disperser loin de Calais dans des CAO (centres d’accueil et d’orientation), baptisés «_lieux de répit_». Ces derniers ne constituent évidemment pas une solution, pour des personnes dont le projet est le plus souvent de rejoindre l'Angleterre. À Paris, les différents camps de migrant∙e∙s sont systématiquement évacués par la police.
Ces durcissements ne vont évidemment pas parvenir à rendre les frontières étanches mais vont affecter l'ensemble des migrant∙e∙s en les obligeant à emprunter des routes toujours plus dangereuses et provoquer encore plus de drames humains.
On assiste également à un durcissement des législations quant à l'accès aux régularisations. En France, la réforme du droit d'asile, en vigueur depuis le mois de juillet 2015, et celle du droit au séjour, adoptée à l'Assemblée Nationale en mars 2016 s'articulent essentiellement sur 3 axes principaux_: l'accélération de toutes les procédures (traitement des dossiers et délais d'attente, recours et mesures d'éloignement) afin d'expulser en plus grand nombre,  plus rapidement et à frais réduit_; un contrôle exercé sur les personnes dont les dossiers sont en cours de traitement ou déjà régularisées (pression mise sur la conservation des titres de séjour en cours de validité, leurs renouvellements et les changements de statut) et sur la localisation des personnes (hébergement en structure «_d'accueil_» et assignation à résidence) afin de procéder efficacement aux expulsions.
Dans ce contexte particulièrement difficile, nous devons plus que jamais affirmer notre solidarité envers tout∙e∙s les migrant∙e∙s, en contrant la propagande étatique qui les criminalise toujours davantage, pour au contraire clamer qu'aucun être humain n'est illégal.
Pour être audibles, nous devons diffuser un discours qui ne se cantonne pas à de l'humanisme mais qui pose la solidarité avec les migrant∙e∙s dans une perspective de solidarité de classe_: ce ne sont pas les migrant∙e∙s, premières victimes des inégalités et du capitalisme qui sont nos ennemi∙e∙s, mais les capitalistes et les États, faiseurs de guerres et d'oppressions. L’Union Européenne et l’État français mènent une politique impérialiste et répressive. En Afrique et au Moyen-Orient, ils organisent le pillage des richesses, ruinent les économies locales et, pour servir leurs intérêts économiques et stratégiques, suscitent les guerres, bombardent villes et villages, arment les dictatures, contraignant les populations à l'exil. En Europe, ils ferment les frontières, traquent les migrant-es, les enferment, les expulsent. Ce sont les exploiteurs et leurs relais à la tête des États, qui créent la misère ici et ailleurs, qui favorisent la libre circulation des capitaux mais interdisent la libre circulation des gens. Après avoir contraint par centaines de milliers les personnes à fuir, ils les condamnent à errer, à vivre dans des conditions inhumaines, à mourir noyées, électrocutées, en durcissant toujours plus leurs politiques migratoires. Loi après loi, ils transforment la violence de l'exil en crime. Avec la complicité des grands médias, ils cherchent à casser la solidarité en France et en Europe en désignant les migrants∙e∙s comme boucs émissaires d'une précarisation généralisée qu'ils nous imposent pour mieux s'enrichir.
Nous pensons que seul un discours de classe peut nous prémunir des replis identitaires et de la division entre nationaux-les et immigré∙e∙s.
Nous devons également, nous montrer solidaires et faire connaître les luttes et initiatives en solidarité aux migrant∙e∙s  qui persistent.
C'est dans le sens donné à la campagne qu'a décidé de mener la CGA sur la question des migrant∙e∙s et des initiatives décidées par la CLAF sur cette même question.

Gilles et Céline (groupe Un Autre Futur de Montpellier)

 

Implication concrète de la CGA en solidarité avec les migrant·e·s à lyon et à montpellier

MONTPELLIER

De 2007 à 2013, une lutte importante sur la ville a été menée par la Coordination des Comités de Soutien aux Sans-Papiers dont notre groupe était partie prenante, pour la régularisation de toutes et tous par le biais de dépôts collectifs soutenus par des mobilisations. Cette lutte a connu certaines victoires. Mais face à un durcissement toujours plus prégnant de la Préfecture et aux échecs encaissés, la CCSSP a cessé en 2013. Depuis à Montpellier, la lutte en soutien aux sans-papiers est inexistante, hors cas par cas ou quelques comités de soutien constitués pour empêcher des expulsions.
Dans la situation migratoire actuelle en Europe, la ville de Montpellier n'est pas pour les migrant·e·s venu∙e∙s du Moyen-Orient et d'Afrique subsaharienne une destination choisie. Mais, face à l'urgence de cette situation, il nous paraissait essentiel de pouvoir affirmer notre solidarité avec tou·te·s les migrant∙e∙s, nous avons pris l'initiative d'appeler l'ensemble des forces politiques, associatives et syndicales à se mobiliser sur  un appel pour l'ouverture des frontières. Lors de cette mobilisation, nous n'avons pas réussi à dépasser les premiers cercles militant∙e∙s et aucune suite à cette inter-organisations n'a été donnée. Pour autant, il nous semble important de pouvoir continuer à porter un discours clair pour la régularisation de tous les sans-papiers et la liberté de circulation et d'installation pour toutes et tous, de nous montrer solidaires des luttes existantes et de les diffuser. Pour cela, nous avons organisé plusieurs débats sur la question des migrations et initier des distributions de tracts, par le biais du Collectif Antifasciste 34, en soutien aux migrant∙e∙s face au discours haineux perpétrés par l'extrême-droite.
Depuis un mois environ, une vingtaine de migrants déplacés de Calais ont été placés dans un centre d'accueil d'urgence de la ville. Le Collectif Antifasciste 34 (dont nous sommes partie prenante) a organisé un rassemblement de sympathisant∙e∙s devant le centre «_d’accueil_» afin de témoigner aux migrants présents notre solidarité. Après ce premier contact, de nouvelles initiatives sont en train d'être organisées avec eux.

Montpelier

À Lyon, le front de lutte antiraciste a mis en place deux actions concrètes dans le cadre de la solidarité avec les migrant∙e∙s_:
• des cours de langues depuis le début du mois de janvier à la librairie la Plume Noire où une vingtaine de personnes (aidant∙e∙s et aidé∙e∙s) se donnent rendez-vous une fois par semaine ;
• une collecte de dons permanente lors des permanences de la librairie.
Les dons récoltés seront soit distribués localement en cas de besoin ou seront acheminés là où la situation le demande.
Les cours de langues ont pu se développer grâce à l'investissement de sympathisant∙e∙s présent∙e∙s tous les lundis_; grâce à des dons qui ont permis d'acheter du matériel et à des prêts de manuels «_formation langue étrangère_».