mar 7 avril 2015

Pourquoi lutter ? À quoi bon ? De la nécessité de s’organiser et lutter collectivement

CGA

L'époque est au chacun pour soi et au « tou·te·s contre tou·te·s ». La propagande des dominants nous pousse aux replis individuels, en nous faisant croire qu'il est impossible de changer les choses ensemble,  que les seules possibilités de changement sont minimes voir même impossibles, que seul leur avenir est possible. On nous présente l'ordre actuel du monde comme un horizon indépassable, quand on ne nous explique pas que la dégradation de nos conditions de vie est inéluctable.


Certain·e·s d'entre nous cèdent au découragement et à la résignation, « le monde est comme il est et il le restera » nous dit-t-on, « c’est comme ça, c’est dans l’ordre des choses » Dans notre entourage, les collègues, les voisins, nombreux et nombreuses sont celles qui cèdent au découragement, après avoir parfois passé des années à lutter, à se battre pour défendre leurs intérêts, leur liberté, faire reculer l'oppression.


Pour d'autres, l'idée de la lutte collective ne leur est jamais apparu comme une possibilité qu'ils pouvaient mettre en œuvre, convaincu par le discours dominant, découragé·e·s devant les difficultés que pose la lutte ou devant le risque de répression.
Le recul du mouvement ouvrier, et plus largement des luttes populaires, de l'idée de solidarité, les échecs des mouvements sociaux ont puisement contribué à renforcer cette tendance.


Pourtant, il faut affirmer et répéter cette évidence : "Le chacun pour soi, c'est tout le monde dans la merde".
Tout le monde, à l'exception des classes dominantes.


Nous avons besoin de la solidarité collective pour nous en sortir : c'est parce que les êtres humains se sont regroupé dans l'histoire qu'ils et elles ont réussi à faire face aux difficultés de l'existence. C'est en se regroupant qu'ils ont pu faire face aux classes dominantes et faire reculer l'exploitation, faire progresser leur existence, voir même celle de l’humanité toute entière...


Défendre nos intérêts ensemble !


En tant qu'exploité·e·s, la lutte collective est un moyen de défendre nos intérêts, parce qu'elle crée du rapport de force face aux exploiteurs. Elle nous permet de faire progresser nos conditions de vies, ou tout au moins d'éviter ou de ralentir leur dégradation, parce qu'elle nous donne les moyens d'arracher aux exploiteurs un peu de ce qu'ils nous volent, de contester leur pouvoir et de reprendre ainsi du pouvoir sur nos vies. La force collective nous permet d’améliorer nos conditions individuelles  sans que cela se fasse au détriment des autres exploité·e·s et dominé·e·s, comme c'est le cas dans les stratégies purement individuelles, la force qui en résulte n’est pas l’addition de nos forces individuelles mais bien plus ce qui rend nos améliorations de conditions de vie plus facile a gagner


Elle nous fait prendre conscience de notre force collective, de ce qu’est capable l’humain dans sa recherche de la justice, de l’égalité, que la force qui en résulte n’est pas l’addition de nos forces individuelles. Cette même force collective qui décuple nos forces et rend tout possible.


Elle nous permet aussi de prendre conscience de notre force, et de mettre à nu les mécanismes de domination, en brisant par la même les logiques de culpabilisation individuelles de l'idéologie dominantes qui renvoie à chacun·e d'entre nous la prétendue responsabilité de notre situation, en masquant ainsi le rôle des rapports sociaux induits par le capitalisme, l'état, le système de domination raciste et le patriarcat et plus globalement par les rapports sociaux hiérarchiques.


Défendre notre dignité


Mais la lutte collective est avant tout un moyen de défendre notre dignité. Car même si parfois nous perdons, faute d'un rapport de force suffisant, nous marquons notre refus d'accepter notre situation d'asservissement. Défendre notre dignité, c'est un premier pas pour nous réapproprier notre vie. La lutte collective, qui ajoute à l'addition du refus individuel la force collective, l'action concertée, nous permet de rendre des coups aux exploiteurs, de briser la spirale fataliste qui voudrait faire de nous des spectatrices et des spectateurs de nos vie.
Cette spirale, c'est celle de l'aliénation que produit le système hiérarchique et l'ensemble des systèmes de dominations qui se fondent sur ce principe, qui nous dépossèdent de notre vie, de nos pensées, pour nous imposer une vie et un mode de pensée, conforme à l'idéologie dominante.
Cette question de la dignité est fondamentale, parce que la dignité est la ressource qui nous permet d'affronter un rapport de force défavorable. Elle peut parfois se réfugier dans des détails anodins en période d'oppression généralisée. C'est cette lutte pour la dignité qui a permis à tant d'êtres humains de cracher à la gueule du bourreau, à deux pas de l'échafaud ou au seuil de la mort dans l'enceinte d'un camp de concentration et d'extermination, qui représente la flamme de la résistance à la déshumanisation, à la négation brutale des individus concrets.


Défendre notre éthique


La défense de notre dignité et de nos intérêts ne s'arrête pas à notre seule situation individuelle. Elle passe par le refus généralisé de la domination et de l'exploitation, par la défense de la dignité de l'ensemble des exploité·e·s, parce que c'est la condition de notre propre libération et de notre propre émancipation.


Michel Bakounine avait ainsi raison d'affirmer que :
« Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains, qui m'entourent, hommes ou femmes, sont également libres. La liberté d'autrui, loin d'être une limite ou une négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. »
C'est cette idée de l'interdépendance de notre propre liberté avec celle de l'ensemble des autres êtres humains, et l'idée que la liberté est indissociable de l'égalité économique, politique et sociale, en rupture avec la logique libérale bourgeoise, qui posent les bases d'une éthique libertaire fondée sur l'entraide.


C'est parce que nous trouvons dans cette éthique un outil d'émancipation individuelle et collective, mais aussi le ressort matériel de notre dignité (en posant les principes de réciprocité égalitaire d'une association qui se fasse au profit de la collectivité et non d'une minorité dirigeante ou exploiteuse), que nous en tirons la nécessité de lutter collectivement, de faire vivre la solidarité.


Lutter pour ne pas être assuré·e·s de perdre


« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu », disait Berthold Brecht. C'est parce qu'il vaut mieux se battre pour l'égale liberté, pour l'égalité politique, économique et sociale, pour notre dignité, mener telle ou telle lutte semblant "perdue d'avance", que ne rien faire.


Car le simple fait de refuser d'accepter la fatalité nous ouvre une perspective, même extrêmement minime, de gagner et d'inverser le cours des choses.


C'est cette détermination, portée parfois par une poignée d'êtres humains dans les périodes les plus difficiles, qui a été le moteur du progrès social, et le refuge des opprimé·e·s en période de tempête. A la manière du flocon qui finit, en s'agrégeant à d'autres, par provoquer une avalanche, notre refus, notre résistance, notre détermination, notre révolte, en rencontrant celle des autres êtres humains, peut déplacer des montagnes. « Je me révolte, donc nous sommes » disait Camus. C'est l'addition de nos révoltes qui fait de nous des êtres humains, et qui nous ouvre la perspective d'un changement de l'existant, et donc d'en finir avec l'oppression, si à cette affirmation nous ajoutons l'exigence éthique de l'égalité et de la liberté pour tous les individus, ce qui suppose de combattre  toutes les formes de hiérarchie, politiques, économiques et sociales.


C’est pour tous ces raisons que nous luttons et nous pensons que l’anarchisme en tant qu’idéologie, doit être un outil des luttes, des mouvements sociaux et de l’auto-organisation populaire avec pour objectif la transformation de la société pour mettre fin à toute forme de domination, d’exploitation et l'édification du communisme libertaire, autogéré et fédéraliste. Nous croyons que c'est parmi les classes exploitées – les principales victimes du capitalisme – que l'anarchisme et l’ébauche de la nouvelle société est en mesure de s'épanouir.

Groupe de Clermont-Ferrand